EXTRAITS du tome 1 des NUEVOS ESCOLIOS…, 1986
choisis et traduits par Philippe Billé.

(page 5) Je marche dans les ténèbres.
     Mais je me guide à l’odeur des genêts.

(12) Mourir en exil est la garantie que l’on n’a pas été tout à fait médiocre.

(19) La lecture est une drogue inégalable car elle nous permet d’échapper, plus qu’à la médiocrité de nos vies, à la médiocrité de nos âmes.

(25) Dans les époques aristocratiques, ce qui a de la valeur n’a pas de prix ; dans les époques démocratiques, ce qui n’a pas de prix n’a pas de valeur.

(25) Les dirigeants communistes trahissent aujourd’hui leur foi comme n’importe quel évêque.

(27) Après les maîtres d’aujourd’hui, ceux d’hier scandalisent moins.

(27) L’erreur ne consiste pas à rêver qu’il existe des jardins secrets, mais à rêver qu’ils ont des portes.

(31) Ce que dit le réactionnaire n’intéresse jamais personne.
     Ni quand il le dit, car cela semble absurde ; ni au bout de quelques années, car cela semble évident.

(43) Entre amis seulement, il n’y a pas de rangs.

(44) La rhétorique est tout ce qui n’est pas strictement nécessaire à se convaincre soi-même.

(54) Parmi les écrivains impopulaires, beaucoup ne méritent pas l’hommage de l’impopularité.

(61) L’homme est une abjection capable parfois d’avoir honte.

(62) Eduquer, ce n’est pas transmettre des recettes, mais des répugnances et des ferveurs.

(63) Le moralisme rigide émousse la sensibilité éthique.

(68) L’université est l’endroit où les jeunes devraient apprendre à se taire.

(69) L’activité révolutionnaire du jeune est le rite de passage entre l’adolescence et la bourgeoisie.

(71) L’âme est une quantité qui décroît à mesure que plus d’individus se regroupent.

(72) «Etre absolument moderne» est le désir spécifique du petit-bourgeois.

(91) Sa participation à des «activités culturelles» distingue le vulgaire de l’homme cultivé.

(103) Le catholicisme, même pour le non-catholique, est plus qu’une secte chrétienne.
     Le catholicisme est la civilisation du christianisme.

(111) Ce que nous découvrons en vieillissant, ce n’est pas la vanité de tout, mais de presque tout.

(113) La liberté ne mérite que le respect que mérite l’activité dans laquelle elle s’investit.

(113) Les hommes ne vivent généralement qu’au rez-de-chaussée de leur âme.

(141) L’humanité saura-t-elle un jour préférer les inventions décentes aux inventions rentables ?

(142) Le raciste se trompe en croyant qu’il existe des races pures, l’anti-raciste en croyant que les ingrédients d’une boisson n’ont pas d’importance.

(144) Aujourd’hui, peindre bien est toujours aussi difficile, peindre mal est plus facile.

(149) Le réactionnaire pur n’est pas un rêveur de passés abolis, mais un chasseur d’ombres sacrées sur les collines éternelles.

(152) Si l’on n’aspire qu’à doter d’un nombre croissant de biens un nombre croissant d’individus, sans se soucier de la qualité des individus, ni de celle des biens, le capitalisme est la solution parfaite.

(157) Plus un pays démocratique est grand, plus médiocres doivent être ses dirigeants : ils sont élus par plus de gens.

(178) Ne nous fions pas au goût de celui qui ne sait pas détester.

(181) Nous ne devons pas nous alarmer : ce que nous admirons ne meurt pas.
     Ni nous réjouir : ce que nous détestons non plus.

(182) Les hommes décents, dans toute société, ne sont qu’un sous-produit marginal.

(183) La magnificence de la cathédrale gothique cherche à honorer Dieu, la pompe du baroque jésuitique à attirer le public.

(200) La vulgarité a colonisé la terre.
     Ses armes ont été la télévision, la radio, la presse.

(204) Nous ne voyons rien avec clarté tant que nous n’avons pas vu de dos.